• Bezonvaux devient allemand pour dix mois

    Lorsque commence la journée du 25 février, face à la poussée allemande, la défense française se répartit en quatre secteurs : à l'Ouest le général de Bonneval, de la Meuse à Louvemont exclu (72 D.I. + 74 brigade) ; au centre le général Boulangé,
    de Louvemont inclus à la cote 378 exclue (51 D.I. + 73 Br.), à l'Est le général Deligny (153D.I.) de la cote 378 à Bezonvaux exclu ; en dernier lieu, le général Crépey, le secteur des Hauts-de-Meuse allant de Bezonvaux à Eix exclu (14 D.I. + 212 Br.T.). Ces généraux disposent en outre de tous les éléments se trouvant dans leur secteur.
    Un bombardement effroyable s'abat le matin entre la cote 378 et Bezonvaux. Au cours d'une patrouille de liaison, des chasseurs de la 2e/4e B.C.P. aperçoivent des Allemands progressant en direction de leur unité ; ils s'échappent à grand peine. Toutefois, ce mouvement de l'adversaire surprend le 2 B.C.P., puis le bataillon du 208 R.I. en réserve du 30 C.A., qui semble s'être avancé dans le ravin d'Hassoule avec des postes sur les lisières des bois à l'ouest de Bezonvaux. Il refoule les débris du bataillon de chasseurs qui doivent se retirer en passant par l'est du fort de Douaumont et capture en grande partie le bataillon du 208. Il avance en profitant du terrain, notamment du ravin d'Hassoule, en direction du village de Douaumont, que tient fermement le 95 R.I. Parmi les unités allemandes figurent les I.R. 20 et 64. Partant de la source d'Ornes, les I. et II./I.R. 20 passent à la Croix de la Vaux, puis, les I. et III. suivis par le II traversent La Vauche et franchissent offensi¬vement le bois et le ravin d'Hassoule. Le I.I.R. 64 traverse le bois des Caurrières, le Fond des Rousses et arrive à La Vauche pour se diriger ensuite vers Douaumont. Le succès allemand et le repli des unités françaises laissent à découvert Bezonvaux.
    Vers 13 heures, les assaillants profitent de la situation trop exposée du 4 B.C.P. pour l'attaquer dans le flanc gauche. Ils encerclent puis s'emparent de la tranchée tenue à l'Ouest par la 3 compagnie dont quelques hommes peuvent néanmoins s'échapper. Ils essaient d'exploiter ce succès, toutefois ils sont repoussés par deux compagnies en réserve (2 et 5). Les 1ère et 6 continuent d'occuper leurs positions face au Nord. Un chasseur de la 2 compagnie, blessé à la tombée du jour, essaie de gagner un poste de secours en passant par Bezonvaux. Il constate que la localité est occupée par les Allemands ; non repéré et en dépit de ses blessures, il rejoint son unité pour transmettre les informations qu'il a recueillies. Ultérieurement, le commandant du bataillon donne l'ordre de se replier en direction de Vaux, sur la ligne tenue par la 153 D.l à Laquelle il appartient.

    Plus à l'Est, c'est aussi le tour du 44 R.I. Cette unité occupe, depuis quelques jours avant l'attaque du 21, la ligne de la Woëvre entre Damloup et Bezonvaux. En cette journée où le temps est froid, où tombent neige et pluie, où le sol couvert de neige est glissant, elle subit une attaque décisive dans des conditions que décrit son historique:


    « Le 25, vers midi, le 3' bataillon qui occupe Bezonvaux - bastion avancé du sommet de l'angle droit formé par nos positions - reçoit le premier choc. Grâce aux tirs de barrage qui isolent le village, l'infanterie ennemie progresse, encerclant l'îlot de résistance. Les défenses accessoires improvisées tombent une à une.
    Le commandant Kah est blessé. L'adjudant-major, le capitaine Dumas, prend le commandement du bataillon. Les obus pleuvent, les balles sifflent ; le capitaine Dumas, engagé volontaire de 66 ans, se promène souriant, la canne sur l'épaule, narguant la mort.
    Cependant vers 17 heures, sous l'effort ennemi qui redouble, les lignes craquent, et c'est pied à pied que le bataillon défend le village. Le capitaine Dumas saisit un fusil et, afin d'y voir plus clair, monte sur un pan de muraille. C'est là qu'il reçoit, presque à bout portant, une balle qui lui traverse les deux cuisses. On veut l'emporter, il refuse, car il n'est pas de ceux qu'une blessure arrête. Les Allemands foncent sur lui, il se dégage ; et tandis que les mitrailleuses tirent sans arrêt, il part à travers le village et rejoint les nouvelles lignes où quelques éléments résistent.
    Mais, le cercle de l'ennemi s'est peu à peu resserré et à la tombée de la nuit, après que les défenseurs ont presque tous succombé, Bezonvaux est investi ».

    Du côté allemand, l'assaut est mené par le détachement Schulz (Abteilung Schulz) composé d'une partie du Reserve-Infanterie-Regiment 98 (R.I.R. 98) : le Ille bataillon et trois compagnies du IIe. A 18 heures 30, le mouvement allemand oblige les survivants du 4' B.C.P. et du 44 R.I. à se replier. Les éléments du 36e R.I.T. (mitrailleuses et pionniers d'infanterie) qui étaient avec le 44e R.I., font de même : la section de mitrailleuses a deux chevaux tués et sa voiture éventrée ; elle doit abandonner son caisson et une partie de son matériel. Le sergent Roblin, du détachement de pionniers, très grièvement blessé à Bezonvaux, ne peut être transporté. Endommagé par les obus, le village est désormais derrière les lignes allemandes. A la fin de la journée, la première ligne française suit le tracé côte du Poivre-bois d'Haudromont-village de Douaumont-sud du bois d'Hardaumont-Vaux-Damloup-Eix. Durant la nuit du 25 au 26, particulièrement froide, l'L.R. 155 reçoit l'ordre d'attaquer en direction des hauteurs d'Hardaumont. Pendant ce temps, l'artillerie de campagne allemande qui s'est rapprochée bombarde l'ouvrage d'intervalle situé à 750 mètres au sud de Bezonvaux, en particulier pour détruire le réseau de fils de fer barbelés.
    Le 26, tôt le matin, c'est au tour de cet ouvrage d'être attaqué. L'opération, menée par l'I.R. 155 - renforcé par l'Abteilung Schulz, toujours le III bataillon (lll.IR.I.R. 98) et deux compagnies du II., ainsi que deux du génie débute à 5 heures. Trois colonnes sont organisées : en direction de l'ouest de l'ouvrage le II./I.R.155, au milieu depuis le village en direction de l'ouvrage lui-même le I.I.R. 155, à l'Est vers la dépression au nord-ouest de l'ouvrage et de la lisière orientale du bois d'Hardaumont l'Abteilung Schulz. Les Allemands peuvent commencer leur mouvement sans être gênés. Les unités avancent sans bruit dans l'obscurité, sous la protection d'une ligne de tirailleurs, à travers les pins, bouleaux et buissons constituant le bois qui couvre la hauteur, à la lisière duquel existent plusieurs rangées de fils de fer barbelés. Derrière ces obstacles, il y a une position d'infanterie composée de tranchées avec des flanquement et des petits points d'appui. Les Français ne se manifestent que lorsque les assaillants arrivent vers le sommet de la hauteur sur laquelle se trouve l'ouvrage. Leur progression est concentrique et les colonnes convergent vers l'objectif. Il est défendu par une triple rangée de tranchées, cinq blockhaus et trois ouvrages avancés en terre. La résistance est inexistante de la part de faibles postes laissés là par la garnison qui s'est retirée vers le sud (l'ouvrage n'est pas inclus dans la ligne de repli prévu pour les unités françaises) ; en outre, quelques traînards sont capturés. A 6 h 45, l'ouvrage est donc occupé rapidement et sans pertes pour les assaillants. Des cadavres de Français montrent que l'artillerie allemande a été efficace sur l'ouvrage pas encore évacué. Pendant ce temps, l'I.R. 20 se porte sur les hauteurs d'Hardaumont, les états-majors des I°° et IIe bataillons s'installant dans les carrières y existant. La 11°/36° R.I.T., qui s'est repliée, a été forcée d'abandonner une partie de son matériel et de ses vivres ; elle a deux blessés et sept hommes ont été faits prisonniers ; le bombardement lui tue encore deux chevaux. Vers 11 h 11 h 30, après remise en ordre des trois colonnes, la progression est reprise en direction d'Hardaumont. Pendant ce temps, les véhicules de la compagnie de mitrailleuses de l'I.R. 155 (M.G.K./I.R. 155) stationnent dans Bezonvaux : celle-ci subit un bombardement qui détruit ou endommage ses matériels.
    A partir de là, les environs immédiats ne sont plus directement concernés par les combats. Le village et l'ouvrage ne connaissent que des mouvements et des stationnements d'unités en relation avec les événements qui se déroulent d'abord sur le plateau d'Hardaumont puis vers la localité de Vaux.
    Le même jour, à 5 heures, alors que débute l'attaque de l'ouvrage de Bezonvaux, le II./I.R. 37 (10.R.D.) et le III./I.R. 51 (12.R.D.), mis en renfort de la 1O.R.D., sont à l'est du village, à hauteur de la voie métrique, prêts à être engagés. Ils doivent aller se placer à l'aile gauche, en seconde vague, en soutien des trois colonnes qui attaqueront un peu plus tard l'ouvrage d'Hardaumont. A 10 heures, les deux bataillons progressent, l'un après l'autre, par la sortie sud du village jusque dans les ravins au nord-ouest du plateau d'Hardaumont. Le II./R.I.R. 37 y stationne de midi à 16 heures. Il fait si froid (- 6°) que les hommes défont les toiles de leurs sacs pour monter des tentes. A 16 heures, les deux bataillons font mouvement vers l'avant. Quant au I./R.I.R.37, à 21 h 30, il vient du bois des Hayes près de Maucourt où il était en réserve de corps d'armée (V.R.K.) et arrive à Bezonvaux. Dans une grange encore intacte, le commandant de ce bataillon rassemble tous les commandants de compagnie ainsi que les chefs de section et de groupe pour faire le point et donner ses ordres. Des grenades sont perçues. L'unité gagne alors ses positions dans les ravins proches en subissant des pertes. De 13 à 15 heures, le III./R.I.R. 37, qui entre-temps a été engagé sur la crête d'Hardaumont, se repose dans les ravins près de Bezonvaux, avec l'état¬major du bataillon dans le village. Puis, il s'avance jusqu'à l'ouest de l'ouvrage proche. Les hommes laissant leurs sacs et ne portant dès lors que le paquetage d'assaut, l'unité progresse, tard dans la soirée, en direction d'Hardaumont. En ce qui concerne la M.G.K./R.I.R. 37, après avoir quitté Ornes où elle se trouvait, elle est mise en alerte à Bezonvaux avant de gagner vers minuit les environs de l'ouvrage voisin pour aider à briser une attaque française le matin suivant.
    Le 27, l'I.R. 155 reçoit l'ordre de se replier dans le village, en réserve de sa division. A ce moment, celui-ci subit les effets de l'artillerie lourde française. En conséquence, le régiment va se placer sur la pente au Sud-Ouest. Deux compagnies (une dans chacun des I. et II./l.R.155) sont dissoutes pour constituer un volant de remplaçants au profit des huit autres. Le soir, le régiment remonte en ligne compte tenu d'une menace que fait peser une contre-attaque française. Finalement, les I. et II./l.R. 155 ainsi que la compagnie de mitrailleuses (pas l'état-major régimentaire) sont ramenés en arrière pour être moins soumis au bombardement français : les unités s'installent dans l'ouvrage et autour. Bien qu'elles ne soient pas directement impliquées dans des combats, elles subissent des pertes : 10 morts, 33 blessés. Elles restent sur place le 28 et remontent en ligne sur le plateau d'Hardaumont le lendemain.
    II convient de noter qu'un soldat de la 3 compagnie de mitrailleuses du 44e R.I.T. (C.M.3/44e E. Fleck, a été déclaré mort à Bezonvaux le 28 février 1916 ; ceci laisse supposer que, blessé, ramassé par les Allemands et soigné par eux, il est décédé dans une ambulance allemande déjà installée dans le village.
    Le 29, le 111./R.I.R. 51 est en réserve dans l'ouvrage, Il/R.I.R. 37 dans un ravin au sud de Bezonvaux. Le lendemain, les mêmes unités sont en réserve dans l'ouvrage et surtout à l'extérieur, dans des trous. La nourriture est apportée du village jusqu'où les cuisines roulantes sont parvenues. La région est bombardée et les hommes effectuant la corvée de ravitaillement subissent des pertes.

    1916 : Bezonvaux dans la bataille de Verdun

    Bezonvaux (printemps 1916 ) : vue du village prise d'ouest en est; toutes les constructions sont déjà endommagées.