• Des sites particuliers sur la commune

    Ces sites existant sur le territoire de la commune ont une histoire particulière par rapport au village, notamment à partir de 1916.

    Des sites particuliers sur la commune

    Bezonvaux : les façade Est et Nord du " château " ( 1916 ); le drapeau blanc à croix rouge sur la façade orientale indique l'existence d'un poste de secours; noter la présence de deux infirmiers porteurs d'un brassard blanc à croix rouge.

  • Le château de Bezonvaux et son histoire jusqu'en 1914 ont déjà été décrits. De la mobilisation jusqu'au début de 1916, aucune information le concernant n'a été recueillie. Si, à cette époque, des civils y logent encore, ils le quittent au moment de l'évacuation définitive organisée vers la mi-février de cette année, quelques jours avant l'offensive en direction de Verdun. Après la prise du village le 25 février, les occupants postérieurs du « château » sont des militaires allemands. Dans ses caves, ils aménagent un poste de secours attesté seulement à compter d'avril suivant ; selon les périodes, ce RS. devient une installation avancée du poste de secours principal d'Azannes. Cette installation fonctionne tout au long de la présence allemande dans cette région. Y sont traités les blessés qui arrivent à se traîner depuis les lignes situées plus à l'Ouest ou sont amenés par les brancardiers. Normalement, après avoir reçu des soins, ils sont évacués par ambulances hippomobiles vers Azannes ou par chemin de fer à voie de 0,60 m : un Benzolbahn, c'est-à-dire un train avec une motrice consommant du benzol. En dépit des bombardements, ce train réussit à venir de la ferme Sorel, à environ onze kilomètres au nord-est de Bezonvaux, jusqu'à une halte dont le nomde code est «Togo », située sans doute à l'est du village, hors de portée des tirs habituels de l'artillerie de campagne française. A partir de là, à certaines périodes, des wagons peuvent être approchés du village, en tant que Fôrderbahn (wagons tractés par un cheval ou des hommes ou poussés à la main). Les blessés les plus gravement atteints, intransportables, demeurent provisoirement dans les caves du « château » ; s'ils décèdent, ils sont enterrés dans le jardin. Dans les caves, le médecin-chef de la 21.LD. installe aussi un dépôt de matériels sanitaires. A partir des 15-16 décembre 1916, dates du repli allemand, le sort du « château » est inconnu. Une chose est certaine : comme la plupart des constructions principales de l'agglomération, il est encore identifiable en 1917 ; il disparaît peu à peu sous l'effet des bombardements. Quant au petit cimetière implanté dans son jardin, il y demeure jusque dans les années 30.

     

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    Bezonvaux : les façades Ouest et Sud du " château " (printemps 1916) ; sur les restes d'une fenêtre de la façadde sud est accroché un fanion blanc à croix rouge permettant de connaître l'existence d'un poste de secours; à droite léglise et les maisons bordant la Grande Rue.


  • La ferme de Méraucourt ou Muraucourt est l'ensemble de bâtiments situés à 700 mètres au sud-est de Bezonvaux, en bordure de la route Ornes-Damloup. Les Allemands l'appelleront tardivement « Amerika Ferme » : il s'agirait d'une allusion à une batterie française qui, au printemps 1917, en une minute, aurait envoyé sur elle et ses environs immédiats 54 obus dont 52 qui n'éclatent pas ; ces ratés furent alors attribués à la mauvaise qualité des munitions livrées par les Etats-Unis à la France. On a du mal à imaginer qu'en 1916 ce site - aujourd'hui un vaste champ cultivé - grouille de soldats et regorge de matériels ; il faut dire qu'au printemps de cette année, des bâtiments sont encore intacts ou à peu près et qu'en tout état de cause, pendant des mois encore, tous les murs sont debout.

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    La route Ornes-Damloup dans les environs de la ferme Méraucourt .

     

    Située près de la route Ornes-Damloup, au débouché de deux ravins orientés vers Hardaumont ainsi que Vaux, et reliée par des pistes aux différents ouvrages, cette ferme est un lieu de passage pour les unités qui vont vers l'avant ou sont relevées. C'est aussi un relais et un vaste dépôt du génie (Pionierlager) : on sait d'ailleurs que le 11 juillet, il y a des pionniers48 en renfort de l'L.R. 126 qui est en première ligne et, selon l'historique du 1.bay.E.R., la ferme est encore un dépôt en décembre. Comme exemples du fonctionnement de celui-ci, deux autres attestations ont été trouvées : le 7 mai, l'I.R.158 vient s'y approvisionner en grenades ; lorsque I'I.R. 67 monte en ligne, les hommes y perçoivent chacun six grenades à main et, ultérieurement, ses détachements deporteurs trouvent là des étais pour boiser les abris, des munitions, des outils de terrassement, du fil de fer, etc. C'est aussi le lieu jusqu'où viennent les cuisines roulantes. Elles y sont abritées le long du mur d'enceinte : ceci est attesté par l'historique du R.I.R. 7 le 10 mars. On sait encore qu'à la mi-avril, celles du bataillon en alerte-réserve de l'L.R. 158 bataillon installé sur la pente nord-est d'Hardaumont ont également été amenées jusqu'à la ferme ; les «corvées de soupe » viennent s'y approvisionner. A cette époque, il y a également une cuisine pour faire du café : elle est détruite par un obus le 3 mai. Cette ferme est encore un relais dans l'évacuation et le traitement des blessés. Pendant son séjour dans le secteur de Vaux et l'utilisation de la zone arrière pour ses besoins, la 50.I.D. y a créé un abri souterrain pour dix blessés, suffisamment vaste et bien protégé. Le 13 mars, des blessés français et allemands, qui sortent des ruines du village de Vaux, pas encore pris par les Allemands, sont envoyés au poste de secours régimentaire du R.I.R 7 installé dans la ferme. Celle-ci est fortement bombardée dans l'après-midi : certains blessés sont touchés une seconde fois et il y a des pertes tant chez les Allemands que parmi les Français. Le médecin-chef du régiment rédige un mot dans lequel il note que ce tir sur la ferme de Méraucourt provoque des pertes également sur des blessés français. II le fait porter à l'avant afin qu'il soit remis à un poste français par un parlementaire. La démarche ne semble pas avoir réussi. A la mi-avril, un abri sanitaire (Sanitâtsstation) y existe toujours. On sait qu'en mai les soins sont supervisés par un médecin-capitaine de l'L.R. 158. Y sont encore attestés les postes de secours du Pi.Btl.1 en avril-mai et de l'I.R.126 (son poste de secours avancé étant dans le fort de Vaux) le 11 juillet. Une partie des blessés arrive par un chemin venant du ravin du Muguet et sur le parcours duquel se trouve un point de rassemblement de blessés : c'est le cas notamment pour ceux du Fussart.R. 4 en position dans le secteur. Toute cette activité n'échappe pas à l'observation de l'adversaire qui tient souvent la ferme sous le feu de l'artillerie. A l'ouest des bâtiments, dans une dépression, est situé un Bereitschaftlager baptisé le « camp du ravin » (Schluchtlager) : son existence est attestée par le I./I.R. 60 qui s'y installe après la relève de son régiment. En outre, dans les environs, il y a une grande concentration d'artillerie. Ainsi, le 10 mars, le groupement Leidenfrost/Fda.R.241, qui a des positions vers le bois du Grand Chénas, se trouve dans deux cuvettes situées sur la pente au sud de la ferme, à l'ouest de la route Ornes-Damloup. Pendant ce temps, le commandant du Fda.R. 241 coiffe le I./R.Fda.R.10 et le groupement Steudner/Fda.R.241, avec son P.C. dans un petit bois à l'est de la voie ferrée et au sud du ruisseau de Bezonvaux. Dans cette zone, de nombreuses pièces d'artillerie sont en batterie, mal dissimulées dans les creux et derrière des buissons. Le Fda.R. 241 est rattaché à la 9.R.D. qui tient le secteur face au fort de Vaux. II repasse à la 121.I.D., qui est en ligne entre celui-ci jusqu'au sud-ouest du fort de Douaumont. Il est relevé les 21, 22 et 23 avril et ses batteries N° 1, 4 et 5 éprouvent alors des pertes sensibles, notamment en chevaux. Ses pertes totales en blessés et morts, au cours de cette période, sont de 19 officiers, 34 sous-officiers et 186 hommes. II est relevé par le Fda.R. 52 qui s'installe au sud-est de la ferme et dans les ravins à l'ouest de la route Ornes¬Damloup, avant d'être ramené en arrière dans le Bois des Embagneux : ses objectifs à bombarder se situent dans le bois Fumin.

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    La ferme de Méraucourt photographiée d'Est en Ouest par un médecin de la 50 ème compagnie sanitaire. ( 1916)

     

    Les routes de la zone de Bezonvaux et Méraucourt jouent un rôle important. Pour cette raison, elle font l'objet d'un entretien particulier, notamment par la 50.I.D. D'ailleurs, cette grande unité, qui combat dans le secteur de Vaux du 14 avril au 20 novembre, répare et entretient un réseau important de voies fortement endommagées par les bombardements. Elles sont situées dans la région de Morgemoulin, Dieppe, Mogeville, Maucôurt, de la cote 307 (une des deux Jumelles d'Ornes) et d'Ornes ; il y a notamment celle qui va de Bezonvaux à la ferme de Méraucourt. L'entretien de ces axes et d'autres allant plus en arrière est assuré par trois compagnies de travailleurs militaires (Armierungskompanien), avec un effectif approximatif de 750 hommes. Le 16 décembre suivant, la ferme se retrouve dans le no man's land entre les premières lignes françaises et allemandes. Jusqu'à la fin de la guerre, elle est visitée par les patrouilles des deux camps : par exemple, dans la nuit du 17 au 18 juillet 1918, une patrouille du IIL/I.R.177 avance jusqu'à la ferme et constate que des petits postes français y sont installés ; la nuit suivante, une du II./I.R. 177 ne trouve personne ; au cours de celle du 19 au 20, une patrouille du même bataillon s'y heurte à un fort élément français. Manifestement, l'adversaire qui voulait enlever un poste de sous-officiers de ce bataillon est repoussé par la patrouille allemande qui ouvre le feu, lance des grenades et capture un prisonnier. Au cours de son repli, celui-ci est légèrement blessé, mais elle perd deux de ses membres qui disparaissent au cours de ce mouvement. Aussitôt après l'accrochage, l'artillerie française déclenche un bombardement sur la première ligne allemande. Après la guerre, la végétation repousse et les ruines de la ferme disparaissent dans les broussailles. En 1978, ce coin comme d'autres à l'est de la route Ornes-Damloup est déboisé et aplani. L'année suivante, la mise en culture fait disparaître les rares vestiges des bâtiments : il n'en reste plus que quelques pierres et divers objets que la charrue met au jour, notamment de nombreuses petites fioles attestant l'existence, en ce lieu, d'une installation sanitaire. Vingt-cinq ans plus tard, les travaux agricoles ont quasiment fait disparaître toute trace des bâtiments ; toutefois, les labours continuent de ramener à la surface des pierres, des fragments de tuile ainsi que des dizaines d'obus.

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    La ferme de Méraucourt photographiée du Sud vers le Nord, à proximité de la route (Ornes-)Bezonvaux-Damloup (1916)
     

  • L'ouvrage, lui aussi, a déjà été décrit précédemment. Jusqu'à l'attaque du 21 février 1916, il est épisodiquement occupé. En 1915, des bombardements s'abattent sur le plateau d'Hardaumont et la région avoisinante sans lui occasionner de dégâts. Si l'on se réfère à ce qu'a écrit l'historien Louis Madelin, mobilisé comme sous-officier de réserve au 44 R.I.T. puis affecté dans un état-major, ces bombardements perturbent la vie de ceux qui cantonnent dans l'ouvrage de Bezonvaux :

     « ... les 5 et 7 compagnies feront désormais leur exercice le matin, en raison des heures habituelles de bombardement des ouvrages de Bezonvaux et Hardaumont ».

    Les Allemands, qui occupent l'ouvrage le 26 février 1916, lui conservent l'appellation d'ouvrage d'intervalle (Zwischenwerk, Z.Werk ou Z.W.) et lui donnent quelquefois celle d'ouvrage en terre (Erdwerk). Ils laissent en place les protections des accès des abris mis en place par les Français (des avancées pare-éclats faites de troncs d'arbres, de planches et de sacs remplis de terre) et même la pancarte « Plutôt périr enterré que de se rendre », toujours accrochée en face de l'entrée de l'ouvrage. Dès son occupation, des états-majors viennent se mettre à l'abri dans celui-ci. Un poste de secours s'y installe également. A différentes époques, des réserves y séjournent : une compagnie dans l'ouvrage même et d'autres aux alentours dans des « trous de renard ». Le site sert, en outre, de relais pour les relèves, notamment pour celles venant de la région des Jumelles d'Ornes et se dirigeant vers le village de Vaux ainsi que la digue de l'étang proche (et inversement). Pour mars, on dispose d'un certain nombre d'informations. Le 10, l'état-major du R.I.R. 7 vient s'y loger. Il y trouve ses homologues des I.R. 24, Gr.R. 8 et R.I.R. 19. Tous les coins sont occupés et des téléphones de campagne sont installés partout. L'éclairage est réalisé par des lampes à acétylène. Les bataillons bivouaquent dans un creux situé à mi-pente. Le 11, les 1. et II./R.I.R.7 prennent la route Ornes-Damloup en direction de Vaux (le III./R.I.R. 7 se rendant au village de Vaux par la ferme de la Plume). Quant à l'état-major régimentaire, il quitte l'ouvrage où il s'était arrêté pour un emplacement de batterie permanent, construit avant la guerre et situé au nord-est de l'ouvrage d'Hardaumont. Le même jour, c'est l'état-major de l'I.R.60 qui vient s'installer dans l'ouvrage et le II./I.R. 60 y est mis en réserve (le III/I.R. 60 est en soutien dans l'ouvrage d'Hardaumont). Le 12 au matin, le II./I.R. 60 entreprend de creuser un boyau entre les deux ouvrages.

     

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    L'ouvrage de Bezonvaux (été ou automne 1916): le cliché, pris par un militaire de la 21.R.D., montre deux officiers entrant dans la cour par l'entrée dont on distingue la grille ainsi que le renfoncement destinée à protéger une sentinelle.

     

    Le 14, le travail est bien avancé. Le lendemain, le II./I.R. 60 passant en soutien, la tâche est reprise par le I.I.R. 60. Le 13, un poste optique communiquant avec la cote 307 est monté sur l'ouvrage, un dépôt du génie (Pionierpark) s'y installe et un renfermant 6 000 rations métalliques y est créé. Le même jour, un détachement de quatorze estafettes avec seize chevaux, appartenant au Jg.z.Pf.R.12 et subordonné à l'I.R.60, est mis en place à proximité de l'ouvrage. C'est le départ d'un relais d'estafettes montées passant par Ornes, le bois du Breuil, le Q.G. de la 121.I.D. et aboutissant à celui du V.R.K. à Vaudoncourt. Le 17, le lll./I.R. 60 y est mis en réserve et le 18 le I.I.R. 60 ; dans la nuit suivante, le régiment étant relevé par le R.I.R. 56, c'est le III./I.R. 60 qui revient en tant que réserve de la brigade (pendant que l'état-major régimentaire, le II./I.R. 60 et les mitrailleuses vont aux Jumelles d'Ornes). Naturellement, l'ouvrage est en permanence soumis aux tirs de l'artillerie française. En avril, l'occupation des abris par un ou plusieurs poste de secours et des états-majors est confirmée par le témoignage du chasseur Arndt (R. Jàg.Btl. 5): le 11, son bataillon monte en ligne dans le secteur de Vaux pour la seconde fois ; l'itinéraire suivi passe par le talus de l'ancienne voie ferrée d'intérérêt local puis l'unité gagne l'ouvrage de Bezonvaux. On dispose aussi du témoignage du Gr.R. 1 qui arrive sur ce site dans la nuit du 18 au 19. Le commandant de ce régiment, qui prend la responsabilité du secteur, trouve dans l'ouvrage des états-majors, des officiers de liaison, des estafettes, des téléphonistes, des ordonnances, etc. Un officier de cette unité est désigné pour mettre un semblant d'ordre dans cette pagaille. En particulier, il répartit les locaux et les espaces disponibles et fait construire des appentis. L'existence d'un poste de secours est également attesté par plusieurs photos, notamment par celle bien connue, datant d'avril 1916, sur laquelle on distingue un panneau avec l'inscription « Vers le poste de secours du R.I.R. 87 » (+ Zum + Truppenverbandplatz R.I.R. 87).
     

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    L'ouvrage de Bezonvaux (avril 1916) : la cour intérieur, à gauche, l'entrée de l'abri nord est protégée par un blindage de troncs d'arbres; au centre, une pancarte indique l'existence d'un poste de secours et le numéro de l'unité :
    " + Zum+ Truppenverbandplatz RIR 87 " .

     

    Le 21 mai vers 10 h 30, cinq obus à gaz s'abattent sur l'ouvrage (au total, une centaine tombe à la fois sur celui-ci et le Fond du Loup). Le Gr.R. 1 a des pertes : un officier et deux hommes meurent dans la nuit ; onze gazés sont évacués vers un hôpital. Dans l'été, le fonctionnement du poste de secours est encore attesté : c'est même un poste de secours principal relevant du niveau divisionnaire. En juillet, la San.K.17 y amène des blessés du R.I.R. 80. Le mois suivant, une division y installe un élément avancé qui dépend du poste de secours principal fonctionnant dans le bois du Breuil ; l'accueil des blessés se fait dans la cour de l'ouvrage, alors que celui-ci est bombardé constamment. Un des deux abris construits avant la guerre a été transformé en salle d'opérations où celles-ci sont réalisées dans une demi-obscurité ; l'autre est plein de blessés. Au cours de ce même mois d'août, le 4, la présence du R.I.R. 80 est également attestée dans l'ouvrage. Un bombardement intensif, et plus seulement sporadique, commence le 11 décembre. Le 14, l'artillerie française bouleverse l'ouvrage, démolissant les deux abris ; à 22 h 20, la station de transmission optique située à proximité est touchée. L'infanterie française occupe le site le 15 à 10 h 15, repoussant des éléments de la 39.bay.R.D. A certaines périodes, des batteries sont position¬nées sur les pentes aux alentours de l'ouvrage ; à une époque, des mortiers de 21 cm n'en sont distants que de 200 mètres environ. Celui-ci est situé sur un des itinéraires allant de la ferme de Méraucourt vers l'étang de Vaux ou en revenant. Depuis Ornes, les relèves empruntent le talus du chemin de fer à voie métrique, pour éviter la route de Bezonvaux bombardée, puis le chemin montant de cette route au sud du village jusqu'à l'ouvrage. Au-delà, elles ont le choix entre deux pistes : le « sentier de la mort » (Todespfad) menant vers Vaux à ne pas confondre avec le « chemin de la mort » partant de Bezonvaux en direction de Douaumont ou le « boyau des grenadiers » (Grenadiergraben), dénommé ainsi par le Gr.R. 1 et permettant de relier l'ouvrage au ravin des Grands Houyers (Jagow- ou Nord-Sud-Schlucht) ainsi qu'à l'ancienne voie métrique Vaux-Verdun. Près de l'ouvrage a été créé un petit cimetière où la plupart des corps sont enterrés dans une fosse commune, si possible en présence d'un aumônier. Les victimes du bombardement par obus à gaz du 21 mai y sont déposées. Après sa reprise par les Français, l'ouvrage demeure utilisable en dépit de son état. Sur les deux abris, l'un est complètement détruit, l'autre offre encore une relative couverture contre les projectiles de petits calibres. Il existe aussi une galerie souterraine intacte, creusée par les Allemands sous.la banquette de tir du côté sud, avec deux puits d'accès : un de chaque côté de l'entrée de l'ouvrage. Les banquettes de tir entourant celui-ci ne sont pas entièrement ruinées et il reste des éléments du réseau de fils de fer barbelés. 

     

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    L'ouvrage de Bezonvaux (1916) : au premier plan à droite, l'abri Sud-Est transformé en poste de secours ( au premier plan des brancars, des équipements et des armes récupérées sur les blessés) ; au centre et à gauche, des prisonniers français en attendant d'être conduits vers l'arrière; au fond l'entrée de l'abri Nord.

     

     

    Quant aux fortifications de campagne réalisées autour de l'ouvrage, elles n'ont pas été nivelées. L'ensemble, à condition d'être remis un peu en état, peut constituer un centre de résistance d'autant plus important qu'il domine la Woëvre et permet de surveiller, de jour, la première ligne française vers le Nord et l'Est. L'intérêt que présente cet ensemble n'échappe pas aux Allemands qui veulent savoir ce qui s'y passe : il est choisi comme objectif d'un certain nombre d'actions Pour les positions proches de l'ouvrage, certaines ont déjà été mentionnées : « 123 »,» Udine » et « Hermann ». Deux autres, visant plus particulièrement la redoute, méritent d'être relatées. La première, une reconnaissance offensive, a lieu dans la nuit du 26 au 27 août 1918. Une forte patrouille constituée de trois groupes du I./I.R. 177 parvient à s'infiltrer jusqu'au front nord-est de l'ouvrage. Articulés en deux groupes, les patrouilleurs observent l'importance des défenses accessoires, l'état des lieux ainsi que le volume de la garnison, puis réalisent des passages dans le réseau à plusieurs endroits et finissent par se faire repérer. La progression devient impossible en raison de la fusillade dont les patrouilleurs sont l'objet et du lancement d'artifices lumineux qui éclairent le terrain. Cependant, le repli n'est pas difficile car les Français n'engagent pas de poursuite. Vers 4 h 50, le détachement rejoint les lignes allemandes. La seconde opération, un coup de main, se déroule dans la nuit du 10 au 11 septembre.Auparavant, pendant quelques jours, près de Loison, un détachement de choc du même régiment, ayant un effectif conséquent et renforcé de mitrailleuses, s'entraîne à exécuter la mission qui lui a été fixée sous le nom de code d'« Hermann ». Le 11 après minuit, le détachement franchit les avant-postes allemands et s'avancent dans le no man's land marécageux qui va jusqu'au pied des Hauts-de-Meuse. Il peut sans encombre parvenir jusqu'au niveau de l'ouvrage. Ayant mis en place des couvertures latérales et une postérieure, il pénètre dans le réseau de fils de fer. Le but est de s'emparer d'un petit poste situé dans un élément de tranchée creusé sur le côté ouest de l'ouvrage et de récupérer des prisonniers en vue de les faire parler pour connaître l'importance de la garnison. En dépit des précautions prises pour franchir les obstacles et couper les fils, l'infiltration est décelée. Le détachement se replie sous le feu des Français qui lancent aussi des grenades, la poursuite de l'avance paraissant impossible. Toutefois, après un moment d'attente, une attaque est essayée par surprise contre les tranchées occupées par les défenseurs. Elle échoue et, finalement, les assaillants se retirent et regagnent leurs lignes avant l'aube.Aujourd'hui, compte tenu des bombardements, notamment de ceux préparatoires à l'attaque du 15 décembre 1916, l'ouvrage est complètement détruit. Pendant des décennies, il a été difficile à découvrir. Quelques travaux, préparatoires à un projet plus ambitieux, permettent de le visiter plus aisément ; d'autres devraient ultérieurement faciliter son accès au public.

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    L'ouvrage de Bezonvaux (2005) : vue partielle de l'abri Sud-Est

     


  • La Vauche, à l'ouest de Bezonvaux, est une hauteur partiellement boisée, limitée au nord par le Fond des Rousses et au sud par le ravin d'Hassoule. La particularité de ce site est qu'en 1915/16, on y a vu des marins à pompon rouge : des artilleurs du ler régiment de canonniers marins. Ils sont les servants de deux puis d'une seule pièce d'artillerie dont le tir s'est arrêté devant l'avance allemande le 24 février 1916. Le 2 octobre 1914 se présente à Verdun un détachement venu de Brest pour réceptionner et positionner les dix-huit pièces de 14 cm Mle 1910 déjà arrivées sur place. Elles étaient destinées à l'armement du cuirassé « Provence » et sont dirigées en septembre-octobre de Lorient sur Verdun. Deux sont mises en place dès octobre, les autres en 1915 : parmi ces dernières, deux sont installées à La Vauche ; à une date inconnue, l'une est retirée de son emplacement. Les transports correspondants sont effectués au moyen d'une voie de 0,60 m. Celle qui reste, numérotée « S-C 1913 N° 9 », est placée dans une cuve sans blindage reliée à plusieurs tranchées et complétée par un dépôt de munitions ainsi qu'un abri bétonné pour les servants. Casematée et semi-enterrée, elle est protégée des vues par un camouflage de branches. La liaison avec l'arrière s'effectue grâce à une voie de 0,60 m dont les rails ont été poussés jusqu'à proximité de l'emplacement de tir. Comme sa voisine des Chambrettes, elle tente de contrebattre l'artillerie lourde allemande au nord-est de Verdun. Sous la direction du lieutenant de vaisseau Héret, elle tire sur Billy-sous-Mangiennes et deux emplacements de canons de 38 cm implantés, l'un dans le bois de Muzeray, l'autre à la ferme Sorel. Dans l'une de ses oeuvres, l'historien Louis Madelin fait état de la présence de cette pièce, entre autres à travers l'anecdote suivantes :

    « Il y avait à Bezonvaux un joyeux lieutenant que leur obstination (celles de prisonniers allemands) dans leur jobardise tour à tour égayait et irritait. Un jour qu'un gros landwehrien que je vois encore, brute aux yeux de faïence bleue sous un front bas à la rude chevelure rousse, lui avait servi que les Allemands tenaient Fertoun, notre lieutenant, désespérant de le convaincre et désireux d'avoir le dernier mot, entendit opposer mystification à mystification. Depuis peu, ..., des pièces de marine garnissaient nos hauteurs ; l'une d'elles était précisément installée au-dessus de Bezonvaux, servie bien entendu par des marins au pompon rouge. Le prisonnier montra quelque étonnement de la présence de ces marins sur les Côtes de Meuse. « Eh quoi ! s'écria l'aimable officier qui tenait sa vengeance, eh quoi ! ne vous a¬t-on pas dit que nous avions par un vaste canal amené la mer à Verdun ? » et, d'un geste ample, embrassant la vallée de la Meuse ce jour-là enveloppée d'un brouillard opaque : « Toute l'escadre est là. » Le prisonnier parût écrasé. » 

    Dès le début de la bataille, le 21 février 1916, toutes les pièces de marine en position autour de Verdun sont bombardées par l'artillerie lourde allemande et reçoivent des obus à gaz. En dépit de cette situation, les canonniers exécutent des tirs. Le 24, les Allemands débouchent de Louvemont et de la cote 374, s'emparent du bois des Fosses et arrivent à l'est de La Vauche. Avant de quitter la position, les servants de la pièce « S-C 1913 N° 9 » procèdent au sabotage de leur matériel ; l'opération est difficile : la mise à feu du dispositif de pétardage destiné à endommager la bouche du canon échoue trois fois. Néanmoins, la culasse est démontée et enterrée au cours du repli. En ce qui concerne les autres pièces servies par des marins, celle des Chambrettes est détruite à l'explosif, celles du bois Le Fays et de l'Herbebois ont déjà été sabotées, celle de Cumières l'est également le 24, celles de Vaux, du bois d'Herméville et du bois d'Hennemont le seront le lendemain. L'ensemble des personnels s'est replié sur Verdun. Nul ne sait ce qu'est devenu le canon de La Vauche : il a sans doute été démonté par l'occupant et transporté en Allemagne pour y être ferraillé. Quant à la position où il était en batterie, elle est occupée par les Allemands ; elle sert entre autres de P.C. à l'I.R. 20. d'avril à juin.

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    La Vauche (printemps 1916) : la position du canon due 14 cm occupée par les Allemands.


  • Les Carrières-Sud sont constituées par un ensemble de deux anciennes carrières situées dans le prolongement l'une de l'autre, à la cote 348,9, au nord-est du fort de Douaumont, au départ du Fond du Loup. La totalité du site est également connu sous le nom de P.C. Picard (du nom d'un lieutenant d'infanterie tué) ou P.C. Alsace : il se pourrait aussi que « P.C. Alsace » ne désigne que la plus au nord des deux carrières et « P.C. Picard » celle la plus au sud. Ces appellations ont été données après la reprise du secteur par les Français. Auparavant, elles sont baptisées par les Allemands « carrière G. » (G. Steinbruch), du nom du capitaine de réserve Giersberg, commandant le I.I.R. 57. Les abris qu'ils y ont aménagés, ils les ont appelés « galeries Giersberg » (Giersbergstollen). Une de ces carrières est occupée dès le mois de mars 1916 par un état-major régimentaire allemand. Le site est un relais pour les brancardiers qui transportent les blessés du ravin de la Fausse-Côte au ravin d'Hassoule par la piste appelé le « chemin des brancardiers » (Krankentrâgerweg). On a quelques informations sur l'état du site grâce au témoignage du chef d'escadron Alexis Callies qui commande le 1 gr./58 R.A.C. :

    « Lundi 29 janvier (1917) - Visite au P.C du régiment d'infanterie dont je suis soutien, à Carrières-Sud. C'est une ancienne carrière qui offre de très bons abris. Nos hommes les ont du reste approfondis et renforcés après le départ des Boches. Ils les ont surtout nettoyés. Les Allemands, quoi qu'on dise, sont infiniment moins délicats que nous. Comme Carrières-Sud est le seul point saillant et visible sur un plateau d'une certaine étendue, c'est un joli nid à obus. Plutôt que de se risquer au dehors les Boches préféraient utiliser comme feuillées et dépotoir des chambres souterraines qui dégageaient une odeur affreuse. Notre premier soin a été de nettoyer tout cela, y compris des cadavres enterrés à fleur de terre dans les abris, et d'y organiser à l'extérieur les locaux indispensables ... »

    Ce témoignage permet de savoir que le P.C. de la 245 brigade de la 123 D.I. s'y transporte le 31 janvier du même mois et le 1 février celui du 1gr./58e R.A.C. : le chef d'escadron Callies, commandant cette unité, se retrouve à 2 kilomètres en avant de ses batteries et complètement coupé en cas d'attaque :

    « Cette situation du commandant de l'artillerie près du commandant de l'infanterie est parfaite en cas d'offensive. Elle s'explique moins dans un secteur défensif. J'en fais l'observation. Ordre maintenu ».

    En définitive, sur le même lieu et à peu près au même endroit, sont regroupés les états-majors d'une brigade d'infanterie, d'un régiment d'infanterie et d'un groupe d'artillerie (celui-ci reste à cet endroit jusqu'au 16 mars). A proximité, dans des sapes, il y a aussi un poste de secours (Poste de Secours Alsace). En septembre 1917, il est occupé par des éléments médicaux de la 37 D.I. auxquels est rattachée la Section Sanitaire Automobile 32 (S.S.A.32) : celle-ci est composée d'ambulanciers volontaires recrutés aux Etats-Unis, appartenant au « service de campagne américain » (American Field Service) et dotés d'ambulances automobiles de marque Ford. Pendant 35 jours, cette section procède à des évacuations (3 040 militaires évacués), à partir de ce P.S. auquel il est possible d'accéder par une piste en madriers, planches et fascines après décembre 1916. Ultérieurement, le médecin-chef de la division déclarera :

    «... dans le secteur pénible de Bezonvaux, au Poste de Secours d'Alsace, ..., le dévouement des conducteurs de la section américaine fut unanimement remarqué et publiquement reconnu par une belle citation à l'ordre de la division ».

    En novembre-décembre suivant, c'est le poste de secours du 152 R.I. qui y est attesté, ainsi que la présence d'autres automobiles sanitaires appartenant à la S.S.A. 47 rattachée au service de santé de la 164 D.I, composée également de volontaires américains et dotée d'ambulances Ford. Non loin est aménagé un dépôt de matériels et dans une carrière proche un détachement de crapouillots. Le Zef mars de la même année a été « inauguré » le cimetière des Carrières-Sud qui, le 10, contient déjà 57 corps. Dans ce coin a été créé un dépôt de ravitaillement auquel peuvent accéder des camions grâce à la piste réalisée par le génie. A un kilomètre au nord des Carrières-Sud se trouvent les Carrières-Nord. Ce sont deux carrières proches l'une de l'autre, situées au nord de la cote 338,9, en lisière du bois Hassoule, juste en bordure sud du Chemin du Loup. Elles ne sont pas sur le territoire de Bezonvaux, mais à proximité immédiate de celui-ci sur la commune de Douaumont. Après décembre 1916, elles sont connues sous le nom de P.C. Lorraine et occupées par des P.C. régimentaires, en particulier par celui du 152e R.I.

     

    Des sites particuliers sur la commune

    P.C Alsace/Carrières-Sud (hiver 1916-1917) : Une messe; les hommes, dont la plupart ont conservé leur casque, sont rangés le long d'une paroi de la carrière, sans doute par sécurité; deux observent le ciel où tourne peut-être un avion.