• L'économie locale

    Un relevé des professions, effectué à partir de l'état-civil de Bezonvaux et portant sur la fin du XIX siècle ainsi que le début du XX, permet de dresser une longue liste de métiers: sabotier, meunier, charpentier, maçon, bûcheron, scieur de long, vitrier, menuisier, cloutier, tailleur de pierre, cordonnier, tailleur d'habit, maréchal ferrant, brasseur, marchand de bestiaux, marchand de petits porcs, tissier, tisserand, lingère, apiculteur, cabaretier, buraliste, marchand de pain, garde champêtre, instituteur. On peut compléter cette liste en ajoutant quelques rentiers et retraités. Paradoxalement, les agriculteurs ne sont pas nombreux à Bezonvaux.
    Dans les années précédant la guerre, le village est caractérisé par trois types d'activités économiques : l'agriculture, le commerce lié à l'élevage, l'artisanat et le commerce répondant aux besoins courants.
    En 1913, quatre laboureurs seulement exploitent des propriétés suffisamment vastes pour pouvoir en tirer la totalité de leurs revenus. Pourtant, l'essentiel de la population masculine a des activités en rapport avec l'agriculture. Parmi les hommes, beaucoup ne possèdent que peu de terres, voire aucune, et il y a un grand nombre de journaliers. Les activités agricoles relèvent d'une polyculture céréalière et l'élevage est peu important. Certains habitants cultivent aussi quelques vignes et même du houblon.
    En ce qui concerne le commerce lié à l'élevage, Bezonvaux compte un marchand de porcs, vendus pour être engraissés par des particuliers, et un de bestiaux (moutons et vaches). Beaucoup d'habitants élèvent des volailles. Les oeufs sont collectés par un commissionnaire-coquetier qui vient de Verdun une ou deux fois par semaine : il les achète pour les revendre aux Verdunois en s'installant dans un café de cette ville.
    L'artisanat et le commerce correspondant aux besoins courants sont représentés dans la localité. Dans celle-ci existent deux charpentiers, deux lingères et un distillateur. Pour une si petite agglomération, il y a deux ou trois débitants de boissons, le troisième en 1913 : dans la langue administrative, ce sont des aubergistes ; les gens disent qu'ils « vont au café ». Deux de ces derniers tiennent en même temps une épicerie et un dépôt de pain. Tous ces artisans et commerçants ont également d'autres activités : ils élèvent des volailles et quelquefois sont propriétaires d'une vache ; ils cultivent une vigne et produisent un peu de vin pour leur consommation ; souvent, ils ont un attelage (une charrette et un cheval). II y a aussi des apiculteurs : cinq déclarés à la Société d'Apiculture meusienne fondée en 1891, quatre ultérieurement. Cette particularité est certainement due à la présence de prairies artificielles, avec le trèfle et le sainfoin dont les fleurs attirent les abeilles. A l'époque, un jardin potager se trouve derrière chaque maison. Les personnes qui sont chargées du jardinage sont prioritairement celles qui ne sont pas dans les champs, c'est-à-dire les femmes et les enfants. Elles s'en occupent avec soin car il permet d'assurer la subsistance courante de chaque famille, les légumes constituant la base de l'alimentation.
    Pratiquement tous les foyers élèvent des animaux : au moins des animaux de basse-cour ainsi que des lapins, éventuellement des moutons et quelquefois des bovins. Leur viande est utilisée pour compléter l'alimentation. La soupe au lard est le plat principal des repas de midi et du soir ; la volaille et le lapin sont réservés aux dimanches et jours fériés. Pour ces jours-là aussi, les « riches » achètent de la viande de boeuf, cuisinée en rôti ou en pot-au-feu. Pour l'élevage domestique, le porc a la priorité, car sa viande peut être travaillée et les produits qui en sont dérivés se conservent facilement. Dans toutes les cuisines, une claie est accrochée au plafond ; elle sert à sécher jambons, saucissons, boudin, etc. Le pâté de tête et la viande inutilisée pour la charcuterie sont consommés frais. Une tradition veut qu'une portion de boudin, de foie ou toute autre partie de porc frais soit distribuée aux parents et amis, lesquels feront de même lorsqu'ils tueront un porc. Souvent, le curé et l'instituteur sont également l'objet d'une telle attention. Cette viande, donnée en cadeau et destinée à être cuite au-dessus du feu de l'âtre, est appelée la charbonnée.
     
    Les cultivateurs élèvent des bovins et quelques particuliers possèdent une ou deux vaches. De plus, il existe à Bezonvaux un troupeau communal d'ovins, rassemblant le cheptel de certains fermiers et aussi des animaux appartenant à des particuliers. Ce troupeau est gardé par un berger rétribué par la communauté qui l'emmène paître sur les terrains communaux. Pour les animaux restant à la charge de leurs propriétaires, la pâture est une question importante. Les cultivateurs s'organisent pour que leurs bêtes paissent sur leurs prés. Les manoeuvres, les artisans, les travailleurs à domicile, etc., qui ne possèdent pas assez de terre pour nourrir leurs animaux ont recours à la vaine pâture ou à la glandée. Un arrêté municipal réglemente chaque année ces deux droits, en fonction de l'importance des récoltes ; il est généralement favorable aux propriétaires.
    La vigne est cultivée pour une production familiale de vin. Une parcelle correspondant au lieu-dit Le Vignot , très bien exposée, fournit des raisins permettant d'obtenir un vin d'une qualité relative. L'apparition du mildiou en 1885 ainsi que la concurrence des vins du Midi et d'Algérie amènent l'abandon progressif de cette culture.
    La localité est, comme souvent en Lorraine, entourée de vergers. Les arbres fruitiers sont
    entretenus afin de donner des fruits permettant d'agrémenter les repas, les collations ou les goûters. Ces fruits sont mangés frais ; certaines variétés sont gardées pendant un certain temps en l'état ; d'autres sont conservées grâce à quelques procédés ; d'autres encore entrent dans la confection des pâtisseries ou dans la fabrication des confitures. Les arbres fruitiers ont un ennemi mortel : le gel. Le froid intense qui marqua la fin de l'hiver 1879-1880 fait périr un grand nombre d'arbres ; en gelant, la sève provoque l'éclatement des troncs.

    La vie a Bezonvaux au tournant des XIX et XX siècles

    A proximité de l'ancienne Grande Rue, un sol pavé correspondant à l'écurie ou
    l'étable de la maison Léonard ( 2006 )