• L'entre-deux guerres

    Dès les premiers jours suivant l'armistice du 11 novembre 1918, d'anciens habitants du canton de Charny viennent constater l'étendue des dégats. Certains reviennent en essayant de (sur)vivre au milieu des ruines avant d'entreprendre la renaissance de leurs activités, de remettre en culture les terres, de reconstruire leurs maisons : ils sont 469 en mai 1919, 1 869 en décembre de la même année, 6 166 au 1er janvier 1922. A Bezonvaux, contrairement à ce qui se passe dans d'autres agglomérations touchées par la guerre, personne ne cherche à « camper » dans les ruines, les caves des anciennes maisons, les abris abandonnés. L'impression générale est que la vie ne pourra pas reprendre sur le territoire du village.

     

    L'entre-deux guerres

    Le territoire de Bezonvaux à la fin du XXème siècle

  • Lorsque les hostilités s'arrêtent, le territoire de la commune de Bezonvaux est totalement détruit : tout est bouleversé et présente un aspect chaotique, avec des herbes folles et quelques buissons. A la place du village, il n'y a plus qu'une zone de ruines. Le cours du ruisseau, déformé par les cratères, est transformé en marécage. Les champs ne forment plus qu'un paysage lunaire. Des anciens peuplements forestiers, il ne subsiste que de lamentables épaves, des troncs déchiquetés, des fûts mitraillés dressant, au lieu de branches, des moignons noircis. Partout, le sol est crevassé par des tronçons de tranchées et de boyaux. Dans les fourrés qui ont réussi à pousser ou à subsister s'enchevêtrent des réseaux de fils de fer. Il n'y a pas d'endroit où ne sont pas visibles des quantités de débris de toutes sortes équipements, matériels, munitions,poutres, tôles, etc… , sans compter les restes humains. Il n'est donc pas envisageable que des habitants se réinstallent au milieu de cette désolation et cette impossiblité d'un retour définitif est confortée par les dispositions législatives organisant l'avenir des communes qui, comme Bezonvaux, ont été dévastées par le conflit. Une première loi, celle du 17 avril 1919 relative à la réparation des dommages causés par les faits de guerre, prévoit les conditions générales d'indemnisation :

    «  Les dommages certains, matériels et directs causés, en France et en Algérie, aux biens immobiliers ou mobiliers par les faits de guerre, ouvrent droit â la réparation intégrale ..., sans préjudice du droit, pour l'Etat français, d'en réclamer le payement à l'ennemi »..

    Le texte constate aussi qu'il existe des zones où toute la vie physique et économique a été complètement détruite. En outre, parmi les clauses particulières figurent celles susceptibles d'être mises en oeuvre pour les communes comme Bezonvaux :

    «  L'Etat ... a également la faculté de se rendre acquéreur, pour tout ou partie, des immeubles endommagés ou détruits... (Il) devra se rendre acquéreur des immeubles, après tentative de conciliation, si la remise en état du sol dépasse la valeur du terrain, déprécié dans son utilisation, en tenant compte, s'il y a lieu, de la dépréciation qui pourrait en résulter pour le surplus de l'immeuble, en cas d'acquisition partielle ».

    Déjà, le 21 mai 1920, le chef du Service de la Reconstitution Foncière et Cadastre de la Meuse fait savoir au préfet que la commission qu'il a présidée demande le rachat par l'Etat de la totalité du territoire de Bezonvaux ainsi que la suppression administrative de la commune avec rattachement à Ornes ou Bras. La commission indique que la destination à donner aux terres est le reboisement, sauf pour une surface de 150 hectares environ sur les lisières des communes de Dieppe et Maucourt, qui pourrait après remise en état être transformée en paturages. Ces terrains, situés à l'est de la route Ornes-Damloup, appartiennent à Monsieur Sponville et font partie de la ferme de Méraucourt dont la propriété a été réservée. Pour faire suite à l'avis de la commission, les propriétaires concernés sont prévenus du projet de rachat. Parallèlement est organisé l'ensemble regroupant les terrains devenus incultivables et inconstructibles et devant recevoir un statut spécial : la Zone rouge. Ce classement concerne dans la Meuse un bon nombre de villages dont Bezonvaux, situés à l'emplacement où le front s'est fixé en octobre 1914 et où se sont déroulés ensuite les combats les plus violents jusqu'à l'armistice. Les géomètres de la Reconstruction Foncière, aidés du Génie rural, en déterminent les limites en accord avec les maires et les habitants, certains voulant conserver des propriétés qu'ils jugent encore susceptibles d'une exploitation. Une autre loi, votée le 20 avril 1922, permet à l'Etat d'exproprier les terrains dont les propriétaires sont introuvables. Une troisième, celle du 24 avril 1923, décide le boisement de tous les terrains expropriés conformément aux dispositions des lois précédentes, sauf distraction préalable des lots susceptibles d'être rétrocédés à l'agriculture, classés comme vestiges de guerre ou transformés en camps d'instruction militaire. L'opération aura lieu quand la recherche des ossements et la récupération des ferrailles seront suffisamment avancées. Le 6 mars 1924, le ministère de la Guerre fait savoir qu'il réserve ses droits sur ce qui correspondait avant la guerre aux déboisements de la Vauche, de Moyémont et d'Hassoule ainsi que sur l'ouvrage de Bezonvaux. Il doit être prévenu avant toute exécution de travaux et l'autorité militaire indiquera alors ce qui peut être ramassé ou ce qui ne doit pas l'être. Pour faire suite à la loi du 20 avril 1922 et en application de l'article 46 de celle du 17 avril 1919, une autorisation de rachat est accordée à l'Etat le 24 août 1926 ; des propositions sont envoyées aux sinistrés le 8 septembre de la même année. 6 953 propriétaires reçoivent des offres. Ensuite, l'Etat ayant acquis tout le territoire de la commune de Bezonvaux, il confie aux Eaux et Forêts le boisement des zones réputées incultivables. Il doit ensuite revendre à des particuliers les parcelles susceptibles d'être remises en culture ou converties en pâturages. L'opération est exécutée après l'estimation des biens par une Commission spéciale de reconstitution foncière (une par commune). Entre-temps, celle de Bezonvaux, composée de quelques techniciens mais présidée par l'ancien adjoint Elie Trouslard, a rendu le 3 août 1923 un avis conforme à celui donné par la commission présidée par le chef du Service de la Reconstitution Foncière et Cadastre le 21 mai 1920 : elle envisage le lotissement de la partie du territoire s'étendant à l'est de la ligne de chemin de fer à voie métrique. En 1927, l'essentiel des terrains situés au-delà de la route Bezonvaux-Damloup a trouvé des acquéreurs (dans la Meuse, jusqu'en 1930, un quart du sol classé en Zone rouge sera ainsi revendu par l'Etat à des particuliers). Toutefois, il reste des parcelles diponibles et, au moins de 1927 à 1930, des éleveurs demandent à pouvoir y faire paître des moutons.
     

    Les abords du ruisseau à la lisière occidentale de Bezonvaux, juste après la guerre.

     


  • Autour du village détruit, dans ses ruines et dans celle de l'ouvrage, la nature reprend peu à peu ses droits. Des plantes sauvages et des arbustes envahissent râteaux et ravins. Le reboisement réglementé par la loi du 24 avril 1923 est effectué sous la direction des Eaux et Forêts, par des entreprises dont les ouvriers plantent des sapinières d'épicéas. Les « découvertes » sont forcément nombreuses ; c'est ainsi qu'en 1924, un garde des Eaux et Forêts retrouve, perdues dans les broussailles, aux environs de l'ancien moulin, les tombes de six soldats du 33e R.I.C. Trois sont identifiés : Adolphe Bernan (recrutement de Mende), Jean Castex (recrutement de Saint-Gaudens) et Charles Houillier (recrutement du Havre) ; ils sont morts le 9 novembre 1918. Autre exemple, en juillet-août 1927, sept corps sont découverts à Bezonvaux, dans ses environs et, le dernier, dans le Fond du Loup : Joseph Batteria (248e R.I., recrutement d'Ajaccio), Edmond Lecrosnier (321 R.I. + 15 décembre 1916, recrutement de Cherbourg), Raymond Boulasteix (53e R.I., + 23 septembre 1917, recrutement de Limoges), Jean-Baptiste Delaleux (recrutement de Cambrai), Jean Dionet (recrutement de Clermont-Ferrand) et un inconnu, ainsi que Léon [mile (recrutement de Nevers). Les restes de ces militaires sont transférés à la Nécropole nationale « Douaumont ». En 1926, une animation éphémère règne sur le site de Bezonvaux et les environs. Des ouvriers essentiellement des immigrés italiens - sont chargés d'effectuer des plantations d'arbres d'espèces résinueuses et en même temps de récupérer certains vestiges de la guerre. Quelques uns sont hébergés dans des baraquements, implantés en bordure de la route départementale venant d'Azannes et d'Ornes en direction de Damloup, entre l'emplacement où sera érigé le monument aux morts et le carrefour du chemin menant à la future chapelle. Une cantine fonctionne à leur profit : c'est la raison pour laquelle le recensement de 1926 indique que, cette année-là, il y a trois habitants à Bezonvaux : ce sont les tenanciers de cette cantine qui logent dans un baraquement en planches situé approximativement vers le coude de la route, au nord de l'emplacement ultérieur du monument aux morts. 1926 est donc un repère : avant, aucun habitant n'est déclaré ; ensuite, leur nombre varie de la manière suivante :1926 et 1927 3,1928 4, de 1929 à 1931 3, 1932 22, 1934 12, 1936 13. Les habitants recensés au cours des deux dernières années sont, de manière certaine, des étrangers. Les activités administratives les concernant sont assurées par l'instituteur-secrétaire de mairie de Dieppe-sous¬Douaumont, Henri Masson : ce service lui ouvre droit au versement d'une indemnité et au remboursement de ses frais pour se rendre à Bezonvaux. En 1936, ces étrangers se répartissent en deux familles : une italienne composée de huit personnes, dont cinq sont déclarés comme manoeuvres, une polonaise de cinq personnes, dont deux manoeuvres et une e cantinière » (sans doute la tenancière de la cantine déjà évoquée). Toutes ces personnes logent dans des baraquements en bordure de la route Ornes-Damloup ; en 1938, elles ne sont plus que dix. En outre, d'après des témoignages, deux familles sont installées dans la construction à usage mitai de gare, sise au niveau de la halte du chemin de fer à voie métrique : avant 1929 y habitait un couple avec des enfants et de 1929 à 1940 une famille également d'origine italienne, qui comprenait dix membres (certains étant employés comme ouvriers agricoles à Maucourt). Il y a lieu de se demander pourquoi les habitants de la gare n'ont pas été intégrés au recensement de ceux et celles qui habitaient sur le site de l'ancien village. A l'arrêt des hostilités, l'emplacement du cimetière de Bezonvaux est encore visible, mais il est bouleversé. Peu de tombes sont nettement identifiables. Le 12 mars 1929, Jean-Louis Melkior, ancien habitant de Bezonvaux demeurant alors à Bras, obtient l'autorisation de faire exhumer les corps de trois membres de sa famille : François Richier, Anne Lamorlette et Marie Joséphine Melkior, décédés respectivement en 1894, 1901 et 1903. Ces corps sont réinhumés au cimetière de Bras. Actuellement, dans l'enclos de la chapelle qui rappelle le site de l'ancien aître, existent encore le reste d'un monument funéraire enfoncé dans le sol ainsi que l'emplacement d'une tombe.

     

     

    Borne indiquant l'emplacement de la 1 ère ligne française, offerte par la
    " colonie du Sénégal " et implantée par le Tourning-Club de France en bordure de la route de Ornes-Damloup (2002)

     

    A l'écart des itinéraires officiels des pélerinages, ne bénéficiant apparemment d'aucun soutien, Bezonvaux ne fait l'objet d'aucune mesure de protection. Même la loi du 2 mai 1930, relative à la réorganisation de la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, n'entraîne apparemment aucune conséquence, alors qu'elle est appliquée pour d'autres sites de la Zone rouge de Verdun : ni le village, ni l'ouvrage ne font l'objet d'une inscription sur l'inventaire prévu par cette loi puis d'un classement. Bien plus, les ruines sont utilisées pour fournir des matériaux. Des chemins sont ainsi empierrés dans lazone reboisée et des constructions nouvelles élevées dans les localités voisines notamment à Maucourt à partir de pierres récupérées dans l'ancien village. Cette manière de procéder aurait parfois été officielle ; cela aurait notamment été le cas dans les années 40 où de tels matériaux auraient été vendus par le service des Domaines. Cette récupération explique sans doute que les ruines visibles actuellement sont peu conséquentes. Pendant plusieurs années, l'emplacement du village n'est matérialisé que par une grande borne de granit, coiffée d'un casque et portant les inscriptions « Bezonvaux », « Ici fut repoussé l'envahisseur » et « Touring-Club de France Offerte par la colonie du Sénégal ». Comme toutes les bornes semblables, elle marque la position des premières lignes françaises en 1918, avant les opérations ayant conduit jusqu'au 11 novembre à la libération d'une partie de la zone occupée. Les bornes immédiatement voisines se trouvent vers le Sud au carrefour des routes Ornes¬Damloup/Vaux-Dieppe, vers le Nord en bordure de la route Louvemont-Ornes (au nord du champ de tir de la Wavrille).

     

    Bezonvaux, inauguration de la chapelle-abri ( 4 septembre 1932) : la fin de l'office.

     

    Néanmoins, l'Etat ayant versé à Bezonvaux des dommages de guerre, une partie de ces sommes est consacrée à l'édification d'un monument aux morts et d'une chapelle-abri commémorative. Le projet prend forme avec un courrier adressé par le préfet de la Meuse au sous-secrétaire d'Etat aux travaux publics et daté du 24 décembre 1930. Il y expose que plusieurs communes disparues du département et ne devant pas être reconstruites, sollicitent, en invoquant un précédent admis en Meurthe-et-Moselle, l'approbation d'un projet de construction d'une chapelle-abri à l'emplacement de leur ancienne église, afin de perpétuer le souvenir de la localité. Le 26 janvier 1931, le sous-secrétaire d'Etat autorise cette construction, le montant des travaux à effectuer étant imputé sur les indemnités de dommages de guerre disponibles. Un plan réalisé par le cabinet E. & M. Delangle, architectes à Verdun, est approuvé par le préfet de la Meuse le 9juin suivant ; un mois plus tard, c'est au tour du devis correspondant (déjà établi le 7 mars 1930) de recevoir l'accord de cette autorité. La chapelle est alors érigée ; sa première pierre est posée le 14 mars 1932 en présence de l'abbé Martin, curé d'Ornes et de Bezonvaux jusqu'en 1914. Entièrement en pierre de taille (dont le matériau vient de Génicourt), elle est construite sur l'emplacement de l'ancienne église, mais avec une orientation différente facilitant son accès. Elle a la forme d'une croix avec un chevet circulaire, sa façade évoquant deux mains jointes dans l'attitude de la prière. Décorée par des fresques de Lucien Lantier dont il ne reste que les principaux éléments, elle est éclairée latéralement par deux grands vitraux (baies cintrées mesurant 2,25 x 2,20 m) et, dans le choeur, par six petites baies hautes chacune de 1,35 m et larges de 0,60 m: ces huit oeuvres sont réalisées par l'atelier Gruber. Le vitrail de gauche est une « Scène religieuse sur Jeanne d'Arc », celui de droite une « Scène patriotique sur la guerre 1914-1918 ». Cette baie évoque une relève de troupes après la reprise de Bezonvaux par les Français, les 15-16 décembre 1916, et les uniformes kaki moutarde qu'on y distingue rappellent la participation du 3e Zouaves à cette opération. Les six petites baies représentent des personnages en pied, c'est-à-dire les saints suivants : Gilles, le patron de Bezonvaux, accompagné de sa biche, Sébastien, Joseph, Jean-Baptiste, Louis et Marcel. A l'entrée de la chapelle, un porche ouvert est séparé de celle-ci par une belle grille en fer forgé, oeuvre du ferronnier Serra. Un fin clocheton surmonte l'ensemble. A côté de la chapelle, un grand calvaire remplace les croix de l'aître, le cimetière qui entourait l'église, dont peu de vestiges ont été retrouvés. La chapelle est inaugurée le dimanche 4 septembre 1932, en même temps que le monument aux morts.

     

    Bezonvaux : inauguration de la chapelle-abri ( 4 septembre 1932 ) : la
    photo-souvenir devant la chapelle.


    A la cérémonie assistent 200 personnes, amenées par autocars et voitures particulières. Des « anciens » de Bezonvaux, parfois venus de loin du Massif central, de la Haute-Savoie, de Marseille, etc, ont fait le déplacement. Parmi ces pélerins, certains comme Germaine Marchal et sa mère n'étaient jamais revenues à Bezonvaux depuis leur départ et ne parviennent pas à identifier les restes du village (à noter qu'à l'occasion de ce pèlerinage, Germaine fera la connaissance de son futur mari, originaire d'Ornes). Les personnalités présentes à côté de Jean-François Trouslard, président de la commission municipale de Bezonvaux, et des deux membres de cette commission, sont le sénateur Lecourtier, le député Schleiter, le conseiller d'arrondissement Hazard, un des deux architectes Delangle, le peintre Lantier, l'abbé Martin et les maires des communes limitrophes.

     

    Bezonvaux, inauguration du monument aux morts ( 4 septembre 1932 ) : 
    la photo-souvenir près la cérémonie.


    Cinq cimetières provisoires sont attestés à Bezonvaux et dans les environs : un français ouvert en 1917 près du P.C. Alsace/Carrières Sud (correspondant à l'ambulance française installée à proximité), un dans le bois des Caurrières (créé peut-être après la guerre), trois pour les soldats allemands enterrés à la hâte au cours du conflit ou découverts après la guerre : dans le jardin du « château » (poste de secours dans les caves de celui-ci), près de la ferme de Méraucourt (poste de secours dans un abri sanitaire aménagé sous la ferme) et à proximité de l'ouvrage (poste de secours dans les abris de celui-ci). Le cimetière du P.C. Alsace/Carrières Sud a dû être supprimé en 1931/32, période correspondant à l'exhumation d'au moins onze corps transférés de ce site à la Nécropole nationale « Douaumont ». Longtemps après cette opération, les croix encore munies de leur plaque et correspondant aux tombes vides de trois militaires français du 119 R.I., tués le 23 décembre 1916 (les soldats Alfred Decomis, Albert Hue et Emile Legendre), sont restées en place : leur existence s'est traduite par l'indication d'un signe conventionnel (une croix) sur certaines cartes. Quant aux cimetières allemands, ils sont supprimés après le transfert des restes dans les nécropole d'Azannes II, de Ville-devant-Chaumont et d'Hautecourt. D'autres sépultures allemandes ont été relevées sur le territoire de Bezonvaux ; il semble que les corps aient été ramenés de ces différents lieux d'exhumation à Ville-devant-Chaumont au cours de l'année 1934. Actuellement, seuls 28 corps identifiés, provenant de divers endroits de la commune de Bezonvaux, sont répertoriés : 7 à Azannes II, 19 de Ville-devant-Chaumont dont 7 provenant des environs de l'ouvrage de Bezonvaux, 2 à Hautecourt. S'agissant des Français disparus, la mémoire de certains est honorée par l'inscription de leurs noms sur les piliers ou la voûte de l'Ossuaire de Douaumont, par exemple : Auguste Delprat (116 B.C.P., + 15 décembre 1916, Bezonvaux), Jacques Depigny (aspirant 320 R.I., + 14 septembre 1917, bois des Caurrières), Joany Dimet (caporal 5e R.I., + 6 octobre 1917, bois des Caurrières), André Faletti (lieutenant 2e Zouaves, bois des Caurrières), Alphonse Guiot (151 R.I., + 26 août 1917, bois des Caurrières), Marcel Mouret (151 R.I., + 31 août 1917, Bezonvaux), Paul Mihiere (2e Zouaves, + 15 décembre 1916, Bezonvaux), Emile Sigaud (2e Zouaves, + 15 décembre 1916, Bezonvaux), Georges Vercheval (320 R.I., + 14 septembre 1917, bois des Caurrières). 

     

    Voie ferée d'intêret local (Société Générale des Chemins de Fer Economiques) : la rame est composée de wagons venant d'une part de Montmédy, d'autre part de Commercy. Passant à hauteur de l'ossuaire en construction, elle se dirige vers Verdun (1927). 


    En ce qui concerne le chemin de fer à voie métrique, sa remise en état commence au début de 1919, à raison de 100 mètres par jour en moyenne. L'ensemble de la ligne Verdun-Montmédy/Verdun¬Commercy est terminé à la mi-juillet 1920. La halte de Bezonvaux est reconstruite et un logement est même prévu pour un employé. Mais, celui-ci ne sera jamais affecté et ce logement est loué à des particuliers qui, pour autant, ne semblent pas comptabilisés comme des habitants de Bezonvaux. Le trafic reprend aussitôt en étant sécurisé par l'installation du téléphone qui permet de suivre la progression des trains. Sur l'ensemble de la ligne, la fréquentation est de 290 000 voyageurs en 1920, 342 000 en 1922. En raison du développement des transports automobiles, elle diminue de moitié dans les années suivantes et tombe à 41 000 usagers en 1938. Le tonnage de marchandises transportées connaît la même évolution : il atteint 173 000 tonnes en 1922 et n'en représente plus que 2 500 en 1938.


  • Les études faites en application de la loi du 17 avril 1919, relative à la réparation des dommages causés par les faits de guerre, indiquent que 25 communes dévastées de la Meuse sont concernées par une inclusion partielle ou totale dans la zone destinée à recevoir un classement spécial : la Zone rouge. Parmi ces communes, onze villages sont menacés de ne pas être reconstruits. L'examen des documents relatifs à ceux-ci fait apparaître deux démarches contradictoires : d'un côté, des formalités en vue de rétablir leur fonctionnement communal, de l'autre la tentative de supprimer leur entité. D'abord, sur ces onze, deux obtiennent finalement l'autorisation d'être reconstruits : Béthincourt et Samogneux. Ensuite, deux autres Ornes et Douaumont , recouvrent des habitants, de même que Vaux : sur ce site, ils sont 19 en 1922. Ce sont des employés de la Société des Chemins de fer Economiques, chargés de l'exploitation d'une partie de la ligne Verdun-Montmédy et accompagnés de leurs familles. Ce personnel s'installe dans des maisonnettes toujours visibles dans la rue principale de Vaux, en face des anciennes constructions composant la gare. La présence de ces premiers habitants permet à la commune d'exister véritablement, avec la nécessité d'une administration communale (d'où l'ouverture d'une mairie) et le choix d'un maire par les électeurs habitant sur place. Bezonvaux en dépit de la présence, comme on l'a vu, de résidents à partir des années 20 et jusqu'à la seconde guerre mondiale rie connaît pas de véritable réinstallation : un rapport mentionne d'ailleurs en 1932 qu’ « aucun habitant n'est rentré depuis 1914 ». Bezonvaux partage alors le sort de Fleury, d'Haumont, de Beaumont, de Cumières et de Louvemont. Ces communes, situées dans la Zone rouge ou en lisière de celle-ci, ne sont pas rattachées à une autre. Elles sont administrées conformément à la loi du 18 octobre 1919: le législateur a envisagé que, dans le cas particulier de celles dévastées par la guerre, s'il n'est pas possible de former un conseil municipal, une commission municipale de trois membres nommés par le préfet soit créée. Cette loi prévoit, en outre, que cette commission et son président soient investis de la plénitude des attributions des conseils municipaux et des maires. Ainsi, une vie communale, même restreinte, est possible, d'autant qu'il existe, pour ces communes, un électorat spécifique. Leurs anciens habitants sont provisoirement réfugiés ou définitivement expatriés en divers points du territoire français : ils n'ont pas été compris dans la population de leur commune de résidence d'avant-guerre. Néanmoins, ils manifestent leur intention d'y conserver leur domicile politique et continuent dès lors à y figurer sur les listes électorales qui sont ouvertes aux inscriptions. Cette possibilité est offerte par la circulaire du ministre de l'Intérieur du 12 décembre 1918 relative au recensement des évacués susceptibles d'être inscrits sur les listes électorales en 1919. C'est le cas à Bezonvaux où le nombre d'électeurs enregistrés est de 26 en 1921 (pour une cinquantaine avant la Grande Guerre). Après être resté à peu près au même niveau pendant deux ans (1922 32, 1923 26), il entame une descente (1923-1924 16,1925 6,1926 6, 1926 à 1928 3) pour finir par être nul à partir de 1930. Le système de la commission municipale est alors justifié ; il est d'ailleurs entré en vigueur l'année précédente. La lecture des arrêtés préfectoraux pris dans les années de la guerre montre que, dans le canton de Charny dont fait partie Bezonvaux, le retour d'une administration communale dans toutes les communes a été long. Dans l'arrêté du 29 octobre 1919, le préfet de la Meuse déclare les 22 communes de ce canton dévastées par la guerre : trois sont en mesure d'avoir un conseil municipal, sept sont désignées en tant que communes de rattachement pour les élections municipales et, pour douze autres dont Bezonvaux, aucun bureau de vote n'est constitué. Pour cette commune, il semble que ce soit Gustave Féré, marchand de beurres, fromages et salaisons établi à Marseille, qui suit les opérations électorales. Six conseillers municipaux sur les dix auxquels pouvaient prétendre la commune sont déclarés élus le 18 janvier 1920 ; néanmoins, compte tenu des difficultés ren¬contrées, de nouvelles élections ne sont pas prévues. Louis Collin, cultivateur à Maucourt et réfugié à Beurey-sur-Saulx, est élu maire avec Jean-François Trouslard, habitant à Labeuville, comme adjoint (il est censé avoir été conseiller municipal depuis 1912). Toutefois, avançant divers arguments dont son âge, le nouveau maire démissionne le 10 avril suivant. Le 14, le préfet de la Meuse décide que les affaires courantes seront réglées par l'ancien maire, Pierre Savion, réfugié à Laneuville par Wassy (Marne). Puis les fonctions de maire sont assurées par Jean-François Trouslard : il signe déjà des actes en tant que tel dés 1921. Cette solution est confirmée par le sous-préfet de Verdun le 23 novembre 1922 et l'intéressé est installé définitivement le 2 août 1925, avec Louis Collin, cultivateur à Maucourt, comme adjoint : pour !es élections correspondantes, enregistrées le 3 juillet précédent (scrutin par listes), seuls 3 votes ont été réceptionnés pour le premier tour et aucun pour le second, alors qu'il reste 6 électeurs inscrits dans la commune. En outre, de cette opération résulte la désignation de 4 conseillers municipaux seulement. Par arrêté du 22 avril 1922, le préfet de la Meuse constate que, pour 19 communes, les électeurs ne sont pas encore rentrés et qu'elles doivent être maintenues sur la liste des communes dévastées. Le 26 juin 1929, il publie la liste des maires élus au scrutin du mois de mai précédent. Il y fait figurer les présidents des commissions municipales : pour Bezonvaux, Jean¬François Trouslard (les membres de la commission municipale sont Louis Collin et Jean-Baptiste Nivromont). Les présidents suivants de la commission municipale de Bezonvaux sont Léon Trouslard, installé à Labeuville (1935), puis son fils Jean Trouslard, habitant dans la même localité (1937). Mobilisé en 1939, celui-ci est remplacé par Elie Trouslard, également de Labeuville. Quant à Louis Collin, adjoint au président de la commission municipale, il décède en 1934 et son fils Roger, cultivateur et conseiller municipal de Maucourt, lui succède. L'arrêté du 26 juin 1929 pris par le préfet de la Meuse, faisant suite à celui du 22 avril 1922, entérine définitivement la liste des communes de la Zone rouge de Verdun, lesquelles n'existeront que territorialement. Elles ont aussi une existence administrative et financière. A cette époque, leur compte est composé essentiellement d'attributions de divers impôts, de centimes additionnels aux contributions indirectes et de revenus des biens communaux (rentes sur l'Etat, éventuellement locations de chasses). En outre, elle perçoivent des sommes aux titre de l'indemnisation des dommages de guerre. Même si d'un certain côté, il y a manifestement des efforts pour rétablir un fonctionnement communal aussi normal que possible, l'entité communale des villages détruits est menacée pratiquement dés la fin du conflit. La loi du 17 avril 1919 constate qu'existent des« zones où toute la vie physique et économique a été complètement détruite » ; toutefois, a la réunion des communes de la future Zone rouge aux communes limitrophes n'est ... possible ni légalement ni matériellement ». La solution est la suppression pure et simple de ce qu'elles représentent en tant que collectivités territoriales et, alors, le rattachement de leur territoire à des communes existantes. Le 21 mai 1920, le chef du Service de la Reconstitution Foncière et Cadastre de la Meuse rend compte au préfet que la commission qu'il a présidée propose la suppression administrative de Bezonvaux avec rattachement à Ornes ou Bras. Le sort des onze communes concernées initialement est évoqué en décembre 1921 dans un échange de correspondance entre le ministre de l'Intérieur et le préfet de la Meuse : la question se pose de leur avenir alors qu'aucun habitant n'est revenu, qu'il n'y a pas d'ouvriers installés provisoirement, mais qu'elles ont conservé leur personnalité civile et que le rattachement génère des problèmes légaux et matériels. La suppression reste d'actualité alors que les années passent et la Direction de l'administration communale et départementale du ministère de l'Intérieur semble en être l'instigatrice. En 1926, c'est au tour d'un député de la Meuse, Monsieur Taton-Vassal d'entrer dans le jeu. Au début de décembre 1926, il dépose une proposition de loi sur le bureau de la Chambre des députés concernant la suppression des communes de la Zone rouge des régions dévastées. Elle est renvoyée à la Commisssion d'administration générale, départementale et communale sous réserve de l'avis de la Commission des régions libérées. Apparemment, l'affaire en reste là. Ultérieurement, le sous-préfet de Verdun, constatant qu'aucun habitant n'est rentré, émet le 10 décembre 1932 l'avis que la vie municipale de Bezonvaux peut être considérée comme définitivement arrêtée : d'ailleurs, comme un conseil municipal n'a pas pu être élu, une commission municipale a été instituée depuis 1929. Huit jours après, dans un rapport adressé au préfet de la Meuse, il révèle sa position

    « ... de façon générale et bien que des protestations puissent s'élever contre la suppression ou le rattachement de ces communes (il s'agit des huit communes détruites), de la part des anciens habitants, il semble indispensable que cette modification territoriale soit opérée le plus tôt possible pour celles où la vie municipale n'a aucunement repris son cours. »

    Le préfet n'a pas attendu d'avoir ce rapport pour donner son opinion au ministre de l'Intérieur. Au sujet de ces communes, il lui a écrit le 10 décembre:

    « Leur suppression et leur rattachement ... ne peut soulever aucune protestation de la part des populations qui s'attendent, du reste, à ce qu'une mesure de cette nature soit prise à leur égard ».

    Un peu plus tard, la suppression éventuelle des communes dévastées par les événements de guerre et leur rattachement à d'autres localités fait l'objet de dispositions mentionnées dans un décret daté du 14 juin 1938 et relatif aux Finances locales. La possibilité d'une telle disparition est offerte notamment par la formule suivante :

    « Lorsque le rachat, en exécution de l'article 46 de la loi du 17 avril 1919, ou de toute autre décision légale, de toutou partie du territoire d'une commune a eu pour effet de rendre la vie communale impossible, la suppression de cette commune et son rattachement à une ou plusieurs communes sont, dans tous les cas, prononcés par un décret en Conseil d'Etat.. ».

    Dans la Meuse, ce projet de suppression et de rattachement concerne huit communes : Beaumont¬en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Douaumont, Fleury-devant-Douaumont, Haumont¬prés-Samogneux, Louvemont-côte du Poivre, Ornes (le cas de Vaux est exclu). Une enquête est alors officiellement lancée pour recueillir des observations et les parties intéressées sont invitées à adresser leurs avis à la préfecture de la Meuse 16. La commission municipale de Bezonvaux, composée à cette époque de Jean Trouslard (président, demeurant à Labeuville), assisté de Désiré Remoiville (Verdun) et Roger Collin (Maucourt), fait savoir en juillet 1939 que le projet de rattachement envisagé de Bezonvaux à Dieppe ou Maucourt ne recueille pas son assentiment. Toutefois, si sa position n'est pas respectée, elle acceptera un rattachement à Maucourt : selon le voeu des anciens habitants, elle demande qu'une partie des revenus de la commune soit affectée à celle de rattachement pour l'entretien de la chapelle-abri et du monument aux morts ainsi que pour l'organisation du pèlerinage annuel à l'occasion de la fête patronale de Bezonvaux. Le procès-verbal de la réunion de cette commission, le 19 juillet 1939, se termine par la formule suivante :

    « Les considérations matérielles et morales sont d'un ordre trop élevé pour que Bezonvaux disparaisse à tout jamais ».

    Quelques semaines plus tard, un nouveau conflit mondial commence et, apparemment, il n'est plus question de ce projet.