• La batterie de la vauche

    La Vauche, à l'ouest de Bezonvaux, est une hauteur partiellement boisée, limitée au nord par le Fond des Rousses et au sud par le ravin d'Hassoule. La particularité de ce site est qu'en 1915/16, on y a vu des marins à pompon rouge : des artilleurs du ler régiment de canonniers marins. Ils sont les servants de deux puis d'une seule pièce d'artillerie dont le tir s'est arrêté devant l'avance allemande le 24 février 1916. Le 2 octobre 1914 se présente à Verdun un détachement venu de Brest pour réceptionner et positionner les dix-huit pièces de 14 cm Mle 1910 déjà arrivées sur place. Elles étaient destinées à l'armement du cuirassé « Provence » et sont dirigées en septembre-octobre de Lorient sur Verdun. Deux sont mises en place dès octobre, les autres en 1915 : parmi ces dernières, deux sont installées à La Vauche ; à une date inconnue, l'une est retirée de son emplacement. Les transports correspondants sont effectués au moyen d'une voie de 0,60 m. Celle qui reste, numérotée « S-C 1913 N° 9 », est placée dans une cuve sans blindage reliée à plusieurs tranchées et complétée par un dépôt de munitions ainsi qu'un abri bétonné pour les servants. Casematée et semi-enterrée, elle est protégée des vues par un camouflage de branches. La liaison avec l'arrière s'effectue grâce à une voie de 0,60 m dont les rails ont été poussés jusqu'à proximité de l'emplacement de tir. Comme sa voisine des Chambrettes, elle tente de contrebattre l'artillerie lourde allemande au nord-est de Verdun. Sous la direction du lieutenant de vaisseau Héret, elle tire sur Billy-sous-Mangiennes et deux emplacements de canons de 38 cm implantés, l'un dans le bois de Muzeray, l'autre à la ferme Sorel. Dans l'une de ses oeuvres, l'historien Louis Madelin fait état de la présence de cette pièce, entre autres à travers l'anecdote suivantes :

    « Il y avait à Bezonvaux un joyeux lieutenant que leur obstination (celles de prisonniers allemands) dans leur jobardise tour à tour égayait et irritait. Un jour qu'un gros landwehrien que je vois encore, brute aux yeux de faïence bleue sous un front bas à la rude chevelure rousse, lui avait servi que les Allemands tenaient Fertoun, notre lieutenant, désespérant de le convaincre et désireux d'avoir le dernier mot, entendit opposer mystification à mystification. Depuis peu, ..., des pièces de marine garnissaient nos hauteurs ; l'une d'elles était précisément installée au-dessus de Bezonvaux, servie bien entendu par des marins au pompon rouge. Le prisonnier montra quelque étonnement de la présence de ces marins sur les Côtes de Meuse. « Eh quoi ! s'écria l'aimable officier qui tenait sa vengeance, eh quoi ! ne vous a¬t-on pas dit que nous avions par un vaste canal amené la mer à Verdun ? » et, d'un geste ample, embrassant la vallée de la Meuse ce jour-là enveloppée d'un brouillard opaque : « Toute l'escadre est là. » Le prisonnier parût écrasé. » 

    Dès le début de la bataille, le 21 février 1916, toutes les pièces de marine en position autour de Verdun sont bombardées par l'artillerie lourde allemande et reçoivent des obus à gaz. En dépit de cette situation, les canonniers exécutent des tirs. Le 24, les Allemands débouchent de Louvemont et de la cote 374, s'emparent du bois des Fosses et arrivent à l'est de La Vauche. Avant de quitter la position, les servants de la pièce « S-C 1913 N° 9 » procèdent au sabotage de leur matériel ; l'opération est difficile : la mise à feu du dispositif de pétardage destiné à endommager la bouche du canon échoue trois fois. Néanmoins, la culasse est démontée et enterrée au cours du repli. En ce qui concerne les autres pièces servies par des marins, celle des Chambrettes est détruite à l'explosif, celles du bois Le Fays et de l'Herbebois ont déjà été sabotées, celle de Cumières l'est également le 24, celles de Vaux, du bois d'Herméville et du bois d'Hennemont le seront le lendemain. L'ensemble des personnels s'est replié sur Verdun. Nul ne sait ce qu'est devenu le canon de La Vauche : il a sans doute été démonté par l'occupant et transporté en Allemagne pour y être ferraillé. Quant à la position où il était en batterie, elle est occupée par les Allemands ; elle sert entre autres de P.C. à l'I.R. 20. d'avril à juin.

    Des sites particuliers sur la commune

    La Vauche (printemps 1916) : la position du canon due 14 cm occupée par les Allemands.